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Visite du site du vieux Montlaux

Vous entrez dans l’enceinte du vieux village dont les origines remontent au moins au 12e siècle. Malgré l’état de ruine que vous pouvez constater, toute la structure du village est bien visible. Les plus anciennes traces écrites attribuent à Guillaume de Montlaux la construction de l’église, de la motte castrale, puis de tout le village. A partir du 16e siècle, les habitants préfèrent s’installer près des sources et des terres fertiles dans la plaine. Le sentier d’interprétation, marqué pour une grande partie par les balises jaunes de petite randonnée, vous donnera une idée de la vie dans le village au 13e siècle. Vous trouverez de nombreux supports explicatifs et illustratifs le long du parcours qui vous permettront de comprendre la vie du village au moyen-âge, ainsi qu’une exposition de belles trouvailles à l’intérieur de la tour.

Au 3e siècle, après la paix romaine, les risques d’agression sont grands et les villages provençaux choisissent des sites en hauteur (perchés) afin de se protéger. Ils se dépercheront pour la plupart quand le calme sera revenu. Le vieux Montlaux est caractéristique de ces villages médiévaux. Situé à l’extrémité d’un éperon rocheux, d’une superficie intra-muros de 1,5 hectare, il s’agit d’un site défensif d’où l’on pouvait facilement repérer l’approche des assaillants.

Origine et évolution

Au 12e siècle, le seigneur Guillaume de Montlaux, membre fondateur de l’abbaye de Lure, fait construire une motte castrale comprenant une église de grande taille (dédiée à Saint-Jacques), un donjon, une place d’armes… puis tout un village qui changera régulièrement de seigneur et de diocèse. A la fin des guerres de religion, les habitants vont s’installer près des sources nombreuses et des terres fertiles dans la plaine environnante, créant ainsi un habitat très dispersé. Vers 1765, cependant, le village comptait encore plus de 200 habitants.

Dès la Révolution, les habitants souhaitent dépercher le village, trop difficile d’accès. En 1830 ils firent construire une église (elle aussi dédiée à Saint-Jacques) dans la plaine au hameau des Jacquons (village actuel, renommé « Les Jacons »). Les déménagements de la mairie et de l’école suivirent. Toutefois, le vieux village restera partiellement habité jusqu’au début du 20e siècle.

Structure du village

La structure des lieux que vous allez découvrir est typique des villages médiévaux. En haut se trouve la motte castrale, territoire du Seigneur. Le village des paysans (le tiers état) se déploie au-dessous, par les rues, les places et les jardins, notamment autour de la tour médiévale et de son îlot urbain, puis du quartier du bas. La fontaine se trouvait en contrebas, au-delà des murailles. Entièrement fortifié, le village était entouré de remparts percés de trois portes et hérissé de hautes tours. Une seule porte reste bien visible : la porte des Rollands.

Sauvegarde

Depuis 2017, la commune s’attache à sauvegarder et valoriser le site. A cette fin, elle a fait l’acquisition de l’intégralité des lieux et a pu effectuer des travaux importants grâce aux financements publics, aux donateurs privés et aux travaux citoyens réalisés mensuellement par des bénévoles. D’autres phases de travaux et de valorisation sont actuellement en cours, réunissant notamment les amoureux du vieux Montlaux régulièrement pour en remonter les murs.

Reconstitutions

Les illustrations ci-contre tentent de capturer l’état du village à deux époques différentes : le moyen-âge, le début du 19e siècle et actuellement. Elles ont été réalisées dans le cadre d’une étude par un architecte spécialisé (X. Boutin), à partir du cadastre napoléonien remarquablement précis dans notre cas, de la matrice cadastrale (déclaration d’impôts) du 19e, de photos anciennes et de relevés sur site. Si celle du 19e siècle est fidèle, celle du moyen-âge est une évocation.

Quelques dates

1160 : Guillaume de Montlaurs installe son fief.

1320 : Seigneur Ponce de Monto Lauro y règne. C’est un proche des comtes de Provence de Forcalquier. Le site change plusieurs fois de seigneurs et de diocèses. Les seigneurs n’y vivent plus mais y lèvent les impôts.

1550 : La famille Vallavoire devient propriétaire du fief.

1630 : Destruction des remparts, par ordre probable de Richelieu.

1639 : Une pierre très travaillée, trouvée dans une ouverture, porte cette date.

1700 : Revente à la famille Reyniers de Montlaux.

1722 : Laisser passer imprimé indiquant que Montlaux n’est pas concerné par l’épidémie de peste.

1789 : Révolution française et apparition de la propriété privée, les paysans sans terre ne peuvent survivre et désertent les campagnes.

1830 : Déperchement administratif.

1906 : Derniers habitants recensés, mais occupation agricole jusqu’aux années 1970.

1942 : Les jeunes réfractaires ne voulant pas partir au travail obligatoire en Allemagne s’y cachent, en particulier dans les caves.

1950 : 3 bâtiments sont encore toiturés et servent une activité agricole.

1990-2010 : Pillage du site au tractopelle : des maisons de belles factures sont détruites pour revendre les pierres.

2018 : La commune qui n’était jusque-là propriétaire que de l’espace public (rues, places, cimetière) et des lieux de culte (église, et chapelle) devient propriétaire de tout le site et recherche des financements pour étude et travaux.

2018-2020 : Travaux sur une partie de l’église Saint-Jacques, puis fouilles archéologiques après la stabilisation.

2121 : Travaux sur la tour médiévale ; travaux bénévoles et sélection par la mission Bern.

2022-2025 : Travaux bénévoles et chantier de la phase financée grâce à la mission Bern.

Compléments

Le blason : de l’animal redouté à l’oiseau inoffensif

Le blason de Montlaux a connu au fil des siècles une transformation étonnante. Les armoiries médiévales représentaient à l’origine un serpent — parfois même un serpent dévorant un autre serpent — symbole courant dans l’héraldique ancienne. Avec le temps, l’interprétation du motif s’est progressivement modifiée, jusqu’à se fixer sur une petite grive, bien moins impressionnante que la figure initiale. Cette évolution singulière, révélée par des recherches récentes, témoigne des glissements de lecture et de transmission qui peuvent survenir sur plusieurs siècles.

Pour en savoir plus : Lire l’article de France Bleu sur le mystère du blason de Montlaux.

Géographie

Le vieux Montlaux occupait historiquement le centre de l’ancienne paroisse, devenue commune à la Révolution. Aujourd’hui encore, son territoire s’étend sur les contreforts de la montagne de Lure, entre vallons, boisements et zones agricoles. La carte du cadastre napoléonien — particulièrement précise dans ce secteur — permet de visualiser l’emprise complète de la commune au début du 19e siècle et d’observer l’organisation des écarts, des terres cultivées et du vieux village perché.

Cadastre napoléonien
Cadastre napoléonien

Histoire : variations du nom de la commune

L’histoire de Montlaux est marquée par d’importants changements de graphie : Montlaur, Montlaurs, Montaulx, Montlaux… Ces variations, fréquentes avant la normalisation orthographique, compliquent parfois les recherches, d’autant que l’on trouve ailleurs en France plusieurs localités portant des noms similaires.

Dès la carte de Cassini (vers 1770), Montlaux apparaît entouré d’un grand nombre d’« écarts » — fermes isolées et campagnes — confirmant un habitat traditionnellement très dispersé dans ce secteur de la Haute-Provence.

Carte de Cassini en 1770, commune de Montlaux
Carte de Cassini en 1770, commune de Montlaux

Les villages abandonnés sont nombreux dans le département. Les plus proches que l’on peut visiter aujourd’hui sont ceux de Ganagobie (environ 2 h de marche) et d’Ongles.

Les villages perchés des Alpes de Haute-Provence : un paysage historique

Traversé durant l’Antiquité par la Via Domitia, axe majeur reliant Cadix à Rome, le territoire a vu se développer un chapelet d’habitats à proximité de cette voie de circulation. Au Moyen Âge, l’habitat se déplace vers les hauteurs : les villages se perchent afin de se protéger des agressions tout en demeurant proches des grandes routes pour bénéficier des échanges.

Ce réseau de villages fortifiés, souvent édifiés sur des éperons rocheux, façonne la Provence intérieure depuis près de mille ans. Beaucoup ont été abandonnés entre le 18e et le 19e siècle : l’eau y était rare, l’accès difficile, les maisons exiguës et la vie éprouvante. Le départ progressif vers les plaines puis, au 20e siècle, vers les villes où l’électricité et le confort moderne étaient accessibles, a signé l’abandon de nombreux sites perchés.

Plusieurs villages désertés subsistent encore sous forme de silhouettes de murs ou de pans ruinés : vieux Montsalier, vieux Redortiers, Saint-Vincent-sur-Jabron, vieil Ongles, Demandolx, Saint-Symphorien, le Poil, Châteauneuf-les-Moustiers, vieux Noyer, et bien d’autres. Cependant, l’absence de maîtrise foncière globale empêche souvent leur ouverture au public, le risque d’effondrement étant trop important.

Le vieux Montlaux fait exception : l’ensemble du site est aujourd’hui sous gestion communale, ce qui permet sa sécurisation et sa valorisation.

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