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Le donjon du vieux Montlaux
Le donjon à base carrée de 6 mètres de côté, daté du 11e siècle au carbone 14, était une tour seigneuriale, bâtie avec d’énormes blocs de calcaire local, liaisonnés avec un solide mortier de chaux. À mi-chemin entre les remparts et l’église, son perchement sur le point culminant de l’éperon rocheux et de la motte castrale, offre une vue à 360°. Son implantation permettait d’observer la plaine, qui était traversée par une voie de communication fréquentée qui, depuis la basse vallée du Rhône, rejoignait l’antique Via Domitia à Sisteron et conduisait vers le Dauphiné ou l’Italie. Mais aussi la surveillance du Lauzon, affluent de la Durance qui a fait tourner jusqu’à treize moulins. On pouvait aussi y guetter les mouvements du côté de la Montagne de Lure et du Riou de Sisteron. Il était peut-être au centre d’un château, mais nous n’avons pas de certitude, aucune fouille n’ayant eu lieu à cet endroit. Un plan ancien nous indique qu’il était entouré « d’une place d’armes ».
Dégradations
Le rôle défensif du donjon s’estompe à partir du 13e siècle. Les seigneurs castraux sont soumis aux comtes de Provence qui vivent dans les riches villes à la sociabilité développée. Ils délaissent les collines où l’âge d’or féodal s’achève. Au 16e siècle, le donjon est abandonné.

Fonctions
Outre celle d’observation, permettant de voir arriver l’ennemi, le donjon était la demeure du seigneur et de sa famille. C’était aussi l’abri de défense ultime en cas d’attaque du château. Il comportait souvent des cachots ou une prison. Le donjon représente la puissance symbolique du seigneur. C’est le lieu de la noblesse d’arme qui prélève des impôts sur la production et la personne des paysans. Elle est mise en difficulté par les longs conflits de la fin du Moyen-Âge. Le donjon a souvent été conservé même quand le seigneur n’y résidait plus.
Les maîtres du lieu
Le premier seigneur dont on trouve souvent une trace écrite est Guillaume de Montlaux au 12e siècle. Montlaux était son fief. Il s’agit d’un ecclésiastique. En parallèle, et jusqu’au 13e siècle, la famille de Monte Lauro semble proche du pouvoir comtal de Forcalquier. Dans les siècles qui suivirent, les seigneurs ne vécurent pas forcément au château qui devait manquer de confort mais continuaient à lever les impôts. Jusqu’à la Révolution, des seigneurs successifs se rachètent le village aux enchères.


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Compléments
Dégradation récente
Aujourd’hui, le donjon a totalement disparu du paysage. Il s’est effondré en 2000, frappé par la foudre. Les photos anciennes montrent qu’au fil du temps, le prélèvement de nombreuses pierres à sa base, notamment aux angles, a fragilisé l’édifice et probablement accéléré sa chute. Au début du 20ᵉ siècle, ses vestiges atteignaient encore plus de dix mètres de hauteur.

Le saviez-vous ?
Au Moyen Âge, un donjon de plus de 10 mètres de haut n’avait rien d’exceptionnel… mais restait impressionnant pour les habitants ! En Provence, les tours seigneuriales mesuraient généralement entre 8 et 15 mètres pour les petites seigneuries, et jusqu’à 25 mètres pour les places fortes plus importantes. Le donjon de Montlaux, qui dépassait encore 10 mètres de haut au XXᵉ siècle, se plaçait donc dans la moyenne régionale. Sa hauteur lui permettait de surveiller les vallées environnantes et de servir d’ultime refuge en cas d’attaque.
Le cimetière
Au pied du donjon se dressaient l’église Saint-Jacques et, tout contre elle, le cimetière. Au Moyen Âge, il se situait au nord de l’église – le nord symbolisant alors la mort, tandis que le sud évoquait la vie. Au XIXᵉ siècle, il fut déplacé au sud, puis transféré au cimetière actuel du hameau des Jacons. Les tombes ont disparu du site, mais le mur d’enceinte a été restauré grâce à des travaux citoyens. Un plan du XIXᵉ siècle indique que cet emplacement correspondait autrefois à la place d’armes du donjon.
Un mot d’histoire sur les donjons
Dans un château fort, le donjon est soit la plus haute tour seigneuriale, soit une tour isolée. Il remplit plusieurs fonctions :
- Point d’observation stratégique.
- Logement du seigneur et de sa famille.
- Abri de défense ultime en cas d’attaque.
- Parfois prison ou cachots.
- Symbole de pouvoir et de prestige.
Au début du Moyen Âge, le château fort de Montlaux se dressait sur une motte castrale – une butte fortifiée, souvent en bois. Les paysans bénéficiaient de la protection du seigneur… mais en échange, ils étaient soumis à de lourdes corvées et impôts. Au fil des siècles, les conflits prolongés des XIVᵉ et XVᵉ siècles affaiblirent cette noblesse d’armes.
Les alentours
Autour du donjon, une palissade et un fossé formaient la première ligne de défense. À l’intérieur, divers bâtiments abritaient animaux, serviteurs et soldats. Peu à peu, la pierre remplaça le bois dans les constructions.

Les maîtres du lieu
Les archives concernant Montlaux sont rares et parfois ambiguës, car il existe plusieurs localités homonymes, jusque dans le diocèse de Barcelone ou dans l’Aude, la Drôme et la Haute-Garonne. La première mention sûre du Montlaux qui nous intéresse apparaît au XIIᵉ siècle sous le nom Monte Lauro, dans le diocèse de Sisteron. À cette époque, la famille de Monte Lauro semble proche du pouvoir comtal de Forcalquier.
- XIIᵉ siècle : Guillaume de Montlaux, seigneur du fief et cofondateur de l’abbaye de Lure, est régulièrement cité dans les actes concernant la montagne de Lure.
- 1202 : Selon une source indirecte, l’abbaye de Cruis achète la seigneurie à Guillaume de Salvan, baron d’Ansouis.
- Début XIIIᵉ siècle : Ponce de Montlaux apparaît dans plusieurs actes liés au pays de Sisteron et au comte de Forcalquier.
- Milieu XIIIᵉ siècle : Laugier de Forcalquier, miles dominus de Montelauro, et son frère Hugues, chanoine de Saint-Mary, sont mentionnés. Hugues témoigne d’une charte rédigée à Peyruis en 1267.
- 1269 : Une partie des revenus de l’église paroissiale Saint-Jacques de Montlaux passe aux chanoines de Cruis.
- 1270 : Bertrandus Bernardus, prieur de Saint-Jacques, est cité dans un acte rédigé à Cruis.
Par la suite, les seigneurs ne résidèrent pas toujours sur place – le château manquait de confort – mais ils conservaient leurs droits d’imposition sur le village. Jusqu’à la Révolution, le fief changea régulièrement de mains, souvent par rachat aux enchères.

Ce tracé de l’enceinte du vieux village apparaît dans les notes de l’abbé Picon, curé de Montlaux de 1851 à 1892. Nous avons publié ces notes, dont il est question sur cette page.
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Visite du vieux Montlaux
- La médiation en question
- L’environnement
- Le parcours de médiation
- Galerie des illustrations










